Publié dans Pensées vagabondes

Pensées vagabondes autour du retour de voyage

 

Rentrant tout juste de mon dernier voyage d’un mois en Europe de l’Est, je m’étonne chaque fois lorsque je lis combien le retour est difficile pour beaucoup de voyageurs.

Pour ma part, je n’irais pas jusqu’à dire que je me fais une joie intense de rentrer chez moi, mais je ressens tout de même une grande part de satisfaction à chacun de mes retours.

 

C’est le bonheur des retrouvailles avec ses proches, sa famille, ses animaux. C’est aussi le retour à ses racines, à ses origines.

C’est le plaisir de retrouver un semblant de confort après avoir passé plusieurs semaines dans l’incertitude, à attendre plusieurs heures qu’une voiture veuille bien me prendre en auto-stop, à me retrouver régulièrement à 23h du soir sans endroits où dormir…

 

N’en déplaise à chacun, j’adore ce mode de vie !

J’aime partir à l’aventure et sortir de ma zone de confort : ce n’est que par ce biais que je peux grandir et en apprendre plus sur moi-même, que je peux avancer sur le chemin de la vie et devenir celle que je me destine à être plus tard.

Mais il est vrai que vivre de la sorte chaque jour peut-être fatiguant sur le long terme. Aussi j’aime de temps à autre m’accorder une petite pause en France avant le prochain départ.

 

Ayant choisie de vivre une vie de voyage à plein temps, je n’ai guère le temps de m’installer dans une routine à mon retour.

A peine arrivée, le sac-à-dos tout juste défait, les affaires de trekking trainant encore dans le couloir, qu’il me faut déjà repartir…

 

La semaine dernière encore, rentrant tout juste de mon petit tour d’Europe de l’est, je ne suis restée que deux jours dans ma région avant de repartir pour un petit trip d’une semaine dans le sud-est de la France.

Je suis rentrée avant-hier mais déjà j’entends résonner le glas de mon prochain voyage qui approche, déterminé et impatient, ne me laissant guère le temps de souffler.

 

« Dans ces instants privilégiés, le pèlerin fait l’expérience du bonheur. Comblé, il est tenté d’interrompre son voyage et de s’octroyer le repos. Une trouée s’opère dans le Ciel : son âme veut y grimper. Pourquoi donc repartir, quand la béatitude est là- à portée de main ? Pourquoi s’acharner à marcher, encore et toujours, vers un but incertain ? Illusion. Il est trop tôt pour faire de l’étape sa demeure. Trop tôt pour s’installer de nouveau. Ainsi, le pèlerin évitera de s’attarder pour ne pas recréer ses attaches. »

Gaële de la Brosse

 

Ainsi, le temps, invention de l’homme brisant la magie de l’instant présent, ne me laissera que deux petites semaines de pause et de retrouvaille avec ma famille durant les vacances de pâques (durant lesquelles je travaillerai dans les centres aérés pour renflouer mon maigre et vide porte-monnaie), que je repartirai déjà à l’aventure, et ce pour deux mois en Italie !

Ceci explique peut-être pourquoi j’aime tant rentrer chez moi.

Contrairement à la majorité des personnes qui voyagent, je n’ai aucune obligations qui m’attendent à mon retour, aucun travail à reprendre. Je peux repartir en voyage dès le lendemain si l’envie m’en prend.

Je n’ai pas de dure réalité à laquelle me confronter.

Ma vie entière me comble de bonheur et je vis un rêve éveillé, même si j’admets que ce n’est pas toujours rose chaque jours.

Certains partent en tour du monde un an ou deux mais cela ne dure pas, ce n’est qu’une courte évasion avant de reprendre le chemin de la routine et du train-train quotidien. Dès lors, je comprends tout à fait pourquoi le retour de voyage peut-être une chose si difficile et compliqué à vivre pour certains.

Je me réjouis donc de ne pas vivre ces émotions et de vivre mon rêve chaque jour…

 

Je voyage toute l’année si ce n’est trois, quatre mois de job étudiant durant les petites et grandes vacances. Du moins, c’est mon rythme de vie pour cette année seulement…

A partir de l’année prochaine, je m’envolerai 1 an et demi pour la Nouvelle-Zélande, puis après une pause plus ou moins longue en France, direction l’Asie pour 3 ans approximativement.

Je n’ai donc guère le temps de m’ennuyer et de m’engluer dans les sempiternelles et moroses habitudes de la vie de tous les jours.

 

Et puis, le voyage ne s’arrête jamais complétement et continue inlassablement d’une quelconque manière. Les souvenirs restent, nous évoluons et changeons nos perspectives.

De même, il y a toutes les photos de voyage à trier, les carnets de bords à écrire, les fiches de dépenses à consigner, les souvenirs à ranger et à offrir, les articles à écrire…

Cela se poursuit aussi par la lecture de livres d’aventures et de voyages, par la correspondance avec les nouvelles amitiés tissées durant mes pérégrinations, par la préparation plus ou moins avancée des prochaines escapades, par les rêveries éternelles autour des futurs et bienheureux projets etc…

 

Alors, oui, je le dis sans gêne ni crainte, j’aime rentrer dans ma région, même si ce n’est que pour quelques jours ou quelques semaines !

Cela fait-il de moi une fausse amoureuse des voyages ?

Bien sûr que non !

 

A mon sens, il est important par moments de se ressourcer, de se recentrer et de retrouver un semblant de repère avant de repartir de plus belle à l’aventure, le corps reposé, l’esprit léger et le cœur regonflé d’amour.

Attention cependant à ne pas tarder trop longtemps sur place et dans ses habitudes, au risque de retrouver la routine tant détestée, de retarder son cheminement intérieur et son évolution spirituelle, et de perdre l’essence même du voyage…

 

D’ailleurs, l’état de voyage peut se vivre aussi bien chez soi, dans sa ville natale, dans sa paisible campagne, dans son village d’enfance… Inutile de parcourir des milliers de kilomètres, tout est un état d’esprit.

Il suffit d’être présent au monde qui nous entoure, d’être attentif à ce petit bruissement d’herbe qui frétille sous le vent, à ce coucher de soleil coloré et chaleureux dans notre jardin, à cette fleur rayonnante qui bourgeonne dans le pré en bas de chez soi…

En voyage, nous sommes constamment assaillis par une multitude d’odeurs inconnues, de bruits excitants, de paysages fantastiques, de mains tendues généreuses. Nous avons l’esprit grand ouvert et un regard nouveau porté vers le monde. Nous sommes dans l’instant présent, attentifs à chaque chose.

C’est ce qui fait d’ailleurs défaut dans la vie routinière et sédentaire : cet état de présence à la vie.

La plupart des gens s’enferment dans leurs pensées sombres et préoccupantes, où tout n’est qu’une question de course effrénée contre la montre, à la poursuite d’un laps de temps salvateur qui permettrait de se poser et de savourer l’instant présent.

Voilà pourquoi il est tellement important de ne pas s’enfermer dans une routine à son retour, de cultiver cet état d’esprit que nous avons tous en voyage.

Etre présent, savourer la vie, être attentif à notre environnement nouveau chaque jours, avoir l’esprit aussi curieux ici qu’ailleurs…

C’est selon moi l’une des clés du bonheur, une clé qu’il faut expérimenter et travailler au quotidien. C’est un travail sur soi, un état d’esprit à acquérir et à développer constamment. Pour pouvoir Etre tout simplement…

 

« Et si, finalement, revenir était un mot plus beau encore que partir ? Fallait-il que j’aille cheminer aux confins du monde pour rentrer chez moi ? Je cherchais sans doute à aller voir là-bas si j’y étais, mais « je suis », tout simplement, ici et maintenant. Au final, la plénitude et l’immensité auxquelles j’aspirais ne sont nulle part ailleurs qu’en moi. »

Marie-Edith Laval

 

Ainsi, si chaque personne en ce monde cultivait cet état d’esprit au quotidien, nul doute que les retours de voyage seraient plus faciles à vivre pour tout un chacun.

J’essaye moi-même de cultiver cet état de présence à chaque instant, même s’il m’arrive par moments de m’empêtrer dans les inepties du temps et de l’inquiétude.

J’essaye de regarder ma ville natale sous un jour nouveau, ses habitants comme des étrangers qui ont tout à m’apprendre, cette nature à ma porte comme un paysage fabuleux…

Je me libère tant bien que mal de mes attachements. Je fuis la routine comme si j’étais pourchassée par un essaim de guêpes avide de mon bonheur, car après tout, l’habituation au monde et à ce qui nous entoure est un prédateur terrible entravant notre éveil à la vie…

C’est un exercice auquel il faut se familiariser chaque jour mais qui apporte tellement !

 

Bien entendu, même si je me sens bien dans ma famille, je ne cesse pas pour autant d’aspirer à de longs et futurs voyages qui, sans nul doute, m’apporteront tant sur le plan extérieur qu’intérieur.

Même si le voyage se poursuit de façon incontestée à notre retour, il est plus aisé de cheminer sur la voie de sa vie lorsque l’on sort de sa zone de confort et que l’on se relève inconditionnellement après monts et embûches, après moult épreuves survenant en voyage et nous apprenant chaque fois quelque chose de nouveau sur soi ou sur le monde qui nous entoure…

J’admets qu’il est possible de vivre tout cela chez soi, mais cela sera certainement plus long et ma jeunesse imprévisible et impatiente me pousse à une quête de soi permanente.

Un cheminement de toute une vie. Le voyage est d’ailleurs un apprentissage perpétuel…

Avide de curiosité, je ne peux m’entraver volontairement des leçons que la vie a à m’apprendre.

Je n’aurais jamais assez d’une vie pour grandir et me découvrir en profondeur, mais cette quête de soi est tellement enrichissante que je me dois de poursuivre cette voie incessamment, sans cesse et à jamais…

 

IMGP0025

« La parenthèse qu’il a ouvert le jour où il a pris la route ne s’est pas refermée. Il se tient désormais en état de veille, prêt à un nouveau départ. Quand arrivera ce jour béni où s’achèvera son pèlerinage sur la Terre ? Nul ne le sait. Pour celui qui traverse son existence en cheminant, la vie est interrogation, et le chemin est mystère. »

Gaële de la Brosse